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Originaire d’Avignon, Gabriel Alloing a grandi dans une famille passionnée par la culture et la chanson française en particulier. Très jeune, il s’ouvre à toutes les musiques et aime déjà mélanger et décloisonner les genres. En 1978, la famille s’installe à LLN et Gabriel Alloing, âgé de 12 ans, découvre le théâtre Jean Vilar. Aujourd’hui, diplômé comme comédien au Conservatoire de Liège, il dirige la ferme du Biéreau, fait de la mise en scène, de la production en théâtre et en musique, du théâtre en entreprise et bien d’autres choses encore !
ACR : Quelle est l’origine du projet ?
G.A. : Voilà 2 ans ½ que je suis à la Ferme du Biéreau, que j’ai rebaptisée « Maison des toutes les musiques », et je me suis très vite aperçu qu’il manquait quelque chose : la musique pour les enfants. Je suis convaincu que le « marché » musical regorge d’offres pour adultes, mais je trouve qu’en revanche il y a peu de chose dans le domaine de la musique jeune public. Je ne parle pas du cadre scolaire, ni même des Jeunesses Musicales, mais bien de concerts pour enfants tout public. Pourtant il y a une scène relativement large et dynamique en Belgique et aussi – bien sûr - en France.
Un jour, j’ai recroisé Olivier Battesti qui était à la recherche d’une salle, donc l’idée a fait son chemin et on a tenté l’aventure avec 3 dates de Mamemo à La Ferme tout en poursuivant une réflexion sur le jeune public. Et puis, la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve m’a sollicité également en me disant : « On voudrait dynamiser l’activité culturelle de Louvain-La-Neuve l’été, est-ce que vous auriez des idées ? ». Voilà comment le festival est né au mois d’août.
La demande de la ville est en fait arrivée à point nommé, le puzzle se mettait en place. Nous allions créer un festival de musique pour enfants pendant l’été, un festival qui garderait la particularité de la ferme du Biéreau, c’est-à-dire de faire découvrir le plus grand nombre de genres musicaux possible. Je tenais vraiment à en faire plus qu’un festival de chansons. Non pas que je n’aime pas la chanson, j’ai moi-même été nourri de chansons depuis mon plus jeune âge (Brel, Barbara, Brassens, Anne Sylvestre…) mais la « Maison de toutes les musiques » veut offrir la diversité, décloisonner : des concerts de musique du monde, une initiation à la musique classique, le rock pop….
J’ai très vite fait appel à un de mes amis, Pierre Lafleur (acteur et chanteur) et qui est très actif dans le milieu Jeune Public depuis plusieurs années. Je lui ai proposé de devenir mon directeur adjoint sur KidZIK et il a accepté avec beaucoup d’enthousiasme. Ensemble, nous avons trouvé le nom du Festival, un nom aux résonnances d’Europe de l’est avec une touche anglaise, bref un nom à l’esprit international. C’est à la fois ludique, court et efficace. Le festival KidZIK est né d’un vrai travail d’équipe, on s’est réparti les tâches et chacun amenait ses suggestions. Par exemple, Pierre Lafleur a proposé les ateliers musicaux et Olivier le bal de clôture.
ACR : Comment avez-vous construit la programmation ?
G.A. : De manière un peu informelle d’autant que les délais étaient très serrés. C’est quelque chose qu’on va d’ailleurs affiner notamment en allant voir davantage de spectacles encore et en consultant une série de personnes ressources. On a un peu ouvert nos oreilles pour constituer une programmation sur base de l’esprit du KidZIK : l’ouverture et la diversité.
ACR : Priorité aux artistes de la Communauté française ?
G.A. : De toute façon. Sans que nous y soyons contraints, je considère que ça reste une obligation morale. Sur les 11 spectacles proposés, 8 étaient issus de la Communauté française, ainsi que le bal. Et je pense que cette proportion ne va pas diminuer car il y a suffisamment d’offres de qualité en Belgique.
ACR : Vous avez obtenu un Subside exceptionnel pour ce Festival ?
G.A. : Pour la première édition nous n’avons pas eu de subsides de la Communauté française, nous aurons peut-être des queues de budget « Art et Vie » mais rien n’est moins sûr. Le problème c’est que le système de la Communauté française est assez strict à cet égard-là. Quand on créé un festival, on reçoit un subside après 3 ans d’éditions réussies sauf caractère exceptionnel. J’espère donc que après cette première édition particulièrement réussie nous pourrons bénéficier du caractère exceptionnel.
En réalité, en dehors du « Club Plasma » (le réseau de salles de la CF qui programme des musiques émergentes), nous ne sommes pas subventionnés par la Communauté française.
Quand je suis arrivé courant 2008, la ferme n’avait pas de direction à proprement parler. Depuis mon arrivée, je me suis employé avec notre comité de programmation à ouvrir encore plus la Ferme à tous les genres musicaux et à développer une série d’activités annexes comme des résidences d’artistes, des enregistrements live ou dans notre studio et même une émission en coproduction avec la RTBF (D6bels on stage). A priori, nous ne sommes pas spécialisés dans le jeune public et ne proposons pas de résidence dans ce domaine, mais si quelqu’un vient avec une demande précise, nous essayerons, bien évidemment, de voir ce qui est possible.
En ce qui concerne le jeune public, il faut juste être prudent car, comme je le disais précédemment, le CC d’Ottignies, qui lui est un gros centre culturel subventionné, organise de nombreux concerts pour les enfants pendant l’année et fait ça très bien d’ailleurs. Notre but avec KidZIK était donc bien de proposer une offre complémentaire. Le festival s’organise en été durant les congés annuels du centre culturel et nous permet de privilégier une approche familiale par rapport à une approche scolaire. D’ailleurs rien n’empêche les enfants de revenir voir un concert qu’ils auraient déjà vu avec leur classe, mais cette fois avec leurs parents ou grands-parents ou frères et sœurs, etc.
ACR : Est-ce que dans la programmation, vous avez pensé prendre des « pointures » et des découvertes ?
G.A. : C’est une dimension qui n’est pas exclue a priori, dans ce cas-ci il avait quelques têtes d’affiche comme les Déménageurs ou André Borbé (moins connu quand même dans le Brabant wallon que sur Liège), mais aussi Cancrenote qui a rempli la salle. Il faut se rendre compte qu’en Belgique, on reste en découverte très longtemps… (rires !) De plus, ce n’est pas toujours le groupe qui ramène du public, c’est aussi une question de tranche d’âge : les spectacles pour les tout-petits se remplissent plus. On a essayé de toucher toutes les tranches d’âges, mais on doit encore travailler et réajuster légèrement car les âges proposés ne correspondent pas toujours.
Je voulais que le festival soit vraiment un moment de partage entre les enfants et leurs (grands) parents, mais ça veut dire que l’on doit aussi tenir compte des parents dans la programmation. Et cela, ça change le point de vue d’un programmateur « dans le cadre scolaire ». D’ailleurs, ce fut une réussite de ce côté-là, les familles étaient aux rendez-vous : grands-parents, frères, sœurs, cousins, cousines ! Et on a terminé en apothéose avec la fabuleuse histoire du rock racontée aux enfants par les « Chilly pom pom pee », la salle était comble. Dans un cas pareil, on peut voir que c’est le concept qui attire même si les gens ne connaissent pas l’artiste.
ACR : Quel est le bilan de cette 1re édition ?
G.A. : Le bilan artistique est extrêmement positif, même s’il y a des choses à peaufiner, on doit être encore plus vigilant sur la programmation, les tranches d’âges visées et les horaires pour vraiment optimiser le plaisir de nos spectateurs. Il faudrait aussi travailler sur le remplissage des salles, surtout si l’artiste vient de loin. Par exemple, il y avait un magnifique concert « Né dans un piano » de Patrick Chamblas qui marche très bien en France et qui m’avait été chaudement recommandé (à raison !) par les Jeunesses Musicales. C’est de la chanson avec un côté classique et jazz de très haute qualité. En plus j’avais envie que les enfants entendent le son de notre piano de concert Bösendorfer, ce qui est quand même autre chose qu’un synthé… Une vraie découverte donc, mais on a fait que 80 spectateurs dans la grande salle… Le public présent était enchanté, mais pour moi c’était trop peu donc je vais le faire revenir parce qu’il faut que les gens voient et entendent ça !
Note positive également pour la formule des 4 concerts par jour. Les gens restaient pour plusieurs spectacles et au final 5 concerts sur 11 ont affiché complet. Nous avons refusé du monde pour « Bach à sable » destiné aux tout-petits, pour les Déménageurs, mais aussi pour « l’Histoire du rock racontée aux enfants » ou encore « Cancrenote ». Tous les ateliers proposés étaient complets également, les activités annexes dans la cour de la ferme et les instruments géants d’Etienne Favre dans la ville ont très bien fonctionné aussi. Le but était de distiller des animations et des instruments un peu partout dans la ville pour créer toute une série d’évènements. Les enfants, les parents, les étudiants, ça tournait sans cesse.
Puis il y avait aussi un quizz destiné aux enfants qui devaient retrouver des paires d’images d’instruments du monde dans les vitrines de différents commerces. Mon fils de 8 ans l’a fait, par exemple, il a découvert ce qu’était un ukulélé… Il y avait donc aussi un petit côté initiation musicale. On voulait vraiment que tout soit lié au monde de la musique dans KidZIK. La seule petite exception, c’était les jeux en bois sous tente, mais qui avaient l’avantage de plaire aux plus grands tandis que les instruments à eau dans la cour étaient destinés aux plus petits, moi j’ai trouvé ça magique !
Côté âges des spectateurs, ça allait jusque 10-11 ans et en même temps pour la fabuleuse histoire du rock, il y avait des pré-ados et ils étaient semble-t-il enchantés. On s’arrête à l’adolescence car on sait très bien que ça ne marchera pas au-delà, ce ne sont pas des concerts conçus pour les ados a priori. Pourtant quand c’est bon, c’est bon ! Enfin c’est surtout psychologique : ils ne veulent surtout pas être assimilés à des plus petits.
On a réussi à atteindre à peu près l’équilibre financier, ce qui était quand même a priori une gageure… Tout ça grâce à l’énergie et à la bonne volonté de notre équipe qui n’a pas compté ses heures et son énergie. Le tarif plein était à 9 euros (enfant & adulte), il y avait des tarifs de groupe à partir de 10 personnes et en abonnement si on prenait 3 concerts, ça revenait à 7 euros. Certains trouvent cela cher, je peux comprendre, mais je ne suis pas non plus pour brader les prix de la culture. Et il faut savoir que les rentrées de billetterie ne représentent que 25 à 30 % du budget.
ACR : L’idée de proposer une création, est-ce que vous allez la renouveler ?
G.A. : Cela s’y prêtait cette année avec le projet de Pierre Chemin « Le jouet musical », c’était vraiment une chance, mais je ne vais pas faire une création pour faire une création et donc si ça s’y prête pour l’an prochain volontiers, mais nous sommes plutôt un lieu de diffusion.
ACR : Quelles sont les perspectives d’avenir ?
G.A. : A priori le festival aura lieu tous les ans à la même période et quasiment aux mêmes dates : fin du mois d’août. Le seul changement sera dans les jours : le festival sera déplacé au vendredi-samedi-dimanche parce qu’on s’est rendu compte qu’il y a pas mal de parents qui travaillent en journée et donc ça complique un peu les choses. Ceci dit, dès 2011 nous accueillerons aussi la Vitrine Chanson à l’Ecole. Ce sera donc encore un Festival de 3 + 1 jour ou plus, juste avant la rentrée scolaire avec donc en plus, les jeudi /mercredi pour accueillir la Vitrine Chanson à l’Ecole. Et toujours dans le même esprit, ateliers, animations & concerts, mais on va affiner aussi tout ce qui est autour du festival.
On reste tributaire du temps, mais cette année, la météo n’a pas trop perturbé les animations extérieures dans la cour et, au moment du bal de clôture, on a eu un coup de chance, une fenêtre de beau temps de 3 heures. Nous sommes descendus en cortège jusqu’à la Grand Place de Louvain-la-Neuve emmenés par 3 musiciens, c’était assez magique et très festif. Ils ont fait le lien avec les danseurs coaches du bal et il y a eu des gens jusqu’au bout, environ 150 à 180 personnes, des enfants, des ados, des parents, des grands-parents, un beau mélange de générations. C’était vraiment un beau final.
Louvain-La-Neuve, le 5 janvier 2011 - interview réalisée par Marianne UYLEBROECK.
Programmation KidZIK 2010 :
* Spectacles C. fr. : « Pom’ Opéra » par la Compagnie Iota, « Le jouet musical » par Pierre Chemin, « Le Patamodd » par Les Déménageurs , « Qu’est-ce qui se cache » par Cancrenote, « La fée Eric » par Les Chèvres à pull, « Bach à sable » par le théâtre de la Guimbarde, « André Borbé tourne solo », « La fabuleuse et authentique histoire du rock… racontée aux enfants » par les Chilly Pom Pom Pee, KidZIK bal par la Cie Dessources.
Spectacles (FR) : « Les trois Musiciens tziganes « par Loulou Djine, « Né dans un piano » par Patrick Chamblas, « The Puppets Show » par Ollivier Leroy et Pierre Yves Prothais.
Ateliers : Création d’instruments de musique (Isabelle de Cancrenote), Lutherie sauvage (De Musica), Création d’un mini concert (Fabian Beghin et Quentin Halloy des Chèvres à pull), Corps-Voix (Vincent Van Sull).
Animations : Côté cour : Instruments à eau & Côté ville : Instruments géants & KidZik’quiz
Pour en savoir plus :
La ferme du Biéreau
LA MAISON DE TOUTES LES MUSIQUES
Av du Jardin Botanique
1348 Louvain-La-Neuve
+32 (0)70 22 15 00
info@fermedubiereau.be
http://www.fermedubiereau.be

Au même titre que le Théâtre Jeune Public, les concerts des chanteurs pour enfants peuvent être subventionnés lorsque ces derniers s’expriment pour le (...)
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